Vous êtes nombreuses et nombreux suite à ma publication à m’avoir demandé des compléments d’informations sur l’origine de mes chiffres ainsi que sur les commentaires que j’ai pu faire pour répondre à vos multiples questions. Je vais essayer ici de vous apporter des éléments de réponses : Qu’est-ce que l’intelligence? Qu’est ce qu’un enfant très intelligent? Qu’est-ce qu’un enfant précoce? Pourquoi les enfants précoces échouent-ils si souvent dans les projets d études qu ils avaient? Qu’est ce que l’échec scolaire?

Qu’est-ce que l’intelligence ? Qu’est-ce qu’un enfant très intelligent ?

Il suffit d’ouvrir Le Larousse pour se convaincre de la complexité à définir l’intelligence. Cela n’a pas empêché les chercheurs en psychométrie de mettre au point des tests de quotient intellectuel (QI), donnant une indication de l’intelligence humaine. Mais comment la mesurer sans en avoir une définition unique ? Ce paradoxe s’explique par le fait que la définition de l’objet étudié – ici, l’intelligence – n’est pas une question scientifique, mais de consensus. Le QI est ainsi fondé sur la définition de l’intelligence telle que la concevait le psychologue français Alfred Binet au début du XXe siècle, à savoir une capacité générale qui rassemble l’ensemble de nos facultés cognitives afin de nous adapter aux problèmes que nous rencontrons. Cette capacité générale n’est pas mesurable directement. On ne peut pas visualiser l’intelligence, mais uniquement évaluer des actes intelligents. Le test de QI (appelé aussi WISC) est un test composé de plusieurs groupes de tests (ICV: indice de compréhension verbale…) décomposés en sub tests. Ces subtests sont des tests de logique, rapidité, mémoire, stratégie ( tests permettant d’avoir une idée de certains compétences de base impliquées dans les apprentissages : raisonnement, compréhension de la langue, vitesse de traitement, analyse visuelle et spatiale, mémoire de travail) chronométrés ou non. On considère qu’un enfant est très intelligent quand ses scores sont supérieurs a 130. Mais que teste t-on vraiment? On teste la capacité d un individu à aller vite et bien dans des exercices logiques et stratégiques. Qu est-ce que la logique: c’est la capacité d’une personne à résoudre un problème de façon dynamique en fonction de stratégies préalablement acquises (c’est pour cela que l’on dit que les animaux sont intelligents).

Comment développons-nous la logique d un enfant? Tout d’abord, on lui donne un problème simple, puis au fur et a mesure, on change les variables et les données du problème. C’est donc une itération successive d’essais et d’erreurs avec changement de paramètres jusqu’à acquisition parfaite des mécanismes permettant de résoudre ledit problème et ce quelque soit les valeurs des paramètres. La  logique est donc un entrainement intensif du cerveau comme une fourmi travailleuse qui remet sans cesse l’ouvrage sur le métier jusqu’à être parfaite dans son accomplissement. Les récentes recherches en neurosciences montrent que  les comportements intelligents sont sous-tendus par de vastes réseaux neuronaux connectant plusieurs régions du cerveau, notamment les aires frontales, pariétales, temporales et le gyrus cingulaire. Les différences d’intelligence entre les individus s’expliqueraient par une connectivité plus importante entre ces zones chez les personnes les plus intelligentes.

Les enfants qui aiment cet entrainement cognitif (et n’ont pas de troubles de l’apprentissage) sont souvent très bons à l’école car c’est ainsi que l’école enseigne : je te donne un sujet, puis je le complexifie de plus en plus, jusqu’à ce que tu le maîtrises dans toutes ses dimensions. Ces enfants là sont dits très intelligents et réussissent bien les tests de QI. On les retrouve aisément en classe préparatoire des grandes écoles.

Le test de QI est un outil performant pour prédire la réussite scolaire et professionnelle, je ne le nie pas et en conviens, car l école et le monde professionnel  aiment les personnes rapides et capables d’extrapoler une solution sur un problème donné dont on change les paramètres.

Le test de quotient intellectuel (QI) est un outil prédictif précieux pour les psychologues désireux de comprendre les causes d’un déficit scolaire. Mais il a ses limites. Preuve en est, l’intelligence singulière des personnes autistes, souvent occultée par les évaluations classiques. L’intelligence n’est d’ailleurs pas réductible au QI. Plusieurs théories soulignent ainsi l’importance de la créativité, de l’intelligence émotionnelle et de l’esprit pratique dans une définition élargie de l’intelligence. Sans oublier la métacognition – notre faculté à suivre et à contrôler en permanence nos processus mentaux. Daniel Tammet ne dit-il pas qu’il voit les nombres comme des formes et n’effectue pas mentalement des calculs, les solutions lui apparaissant comme des paysages ? En 2004, la stupéfaction fut générale quand eut lieu sa performance consistant à égrener, pendant un peu plus de cinq heures, 22514 décimales du nombre pi!  Depuis 2011, le psychologue Todd Lubart a élaboré plusieurs tests pour évaluer la créativité des enfants, des adolescents et des adultes. La batterie de tests EPoC (évaluation du potentiel créatif), destinée aux enfants et aux adolescents, propose ainsi de la mesurer dans des domaines particuliers . En effet, la créativité n’est pas une compétence générale. Elle se manifeste par domaine: on peut être très créatif en sciences, mais pas du tout en musique. Ces tests évaluent deux composantes de la créativité : la pensée divergente exploratoire (produire beaucoup d’idées différentes à partir d’un stimulus) et la pensée convergente intégrative (produire une idée originale à partir de multiples stimuli).

Le paradoxe de l’enfant précoce. Qu’est ce qu’un enfant précoce ?

Le paradoxe de l’enfant précoce. Qu’est ce qu’un enfant précoce ?

On a vu préalablement ce qu’était un enfant très intelligent mais qu’est-ce qu’un enfant précoce ?

Un enfant précoce (au sens précoce complexe , puisqu’il existe aussi les précoces laminaires) est un sous-ensemble de la catégorie des enfants très intelligents. Il a souvent de bons résultats au test de QI mais pour une raison différente de l’enfant scolaire (précoce laminaire) qui aime le processus cognitif d itérations permettant la construction des raisonnements logiques et de réflexion. L’enfant précoce complexe lui fonctionne « à l’instinct » et n’apprend pas à réfléchir par itérations (cela l’ennuie même prodigieusement ces processus itératifs d essais / erreurs -faire des exercices jusqu’à réussir à en faire un sans erreur l’épuise). Les élèves précoces complexes sont souvent peu intéressés par le travail scolaire qui n’a pas de sens pour eux. Pour exemple, on peut donner l’exemple d’Einstein qui a découvert les ondes gravitationnelles en dehors de toute réalité concrète, il a eu une intuition , une fulgurance, il y a 70 ans (on n’a pu démontrer qu’Einstein avait raison et prouver l’existence des ondes gravitationnelles que l’année dernière).

Je suis consciente que ce que je dis là n’a pas été prouvé scientifiquement, mais je pense que les QI émotionnels et l’intelligence créatrice des enfants précoces complexes font qu’ils ne sont pas des enfants intelligents comme les autres (Olivier Revol a cependant fait une étude très intéressante en 2018 sur le sujet que je vous recommande) . Ils sont un sous-ensemble des enfants très intelligents les mettant plus en difficulté face aux comportements attendus par la société. Donc oui, c’est eux que l’on retrouve dans les cabinets des psys. Si on avait des tests pour mesurer toutes les composantes d’un individu: QI, capacité émotionnelle, métacognition et créativité, je suis persuadée que l’on trouverait des différences entre les QI>130 qui sont épanouis socialement et les précoces complexes.

Pour ceux qui connaissent les travaux d Antoine de la Garanderie (la pédagogie des gestes mentaux) il existe 2 façons très différentes d’appréhender les apprentissages.

  • Pour certains ils doivent comprendre le tout avant de pouvoir comprendre le détail (par exemple je ne peux pas comprendre la multiplication si on ne m’explique pas l’origine du système décimal)
  • pour d autres, c’est l inverse, ils doivent maîtriser chaque détail pour comprendre le tout

Par exemple lors de l’introduction de la notion des nombres relatifs en 5eme, l’enfant « intelligent scolaire »  va dire « Chouette, on me donne de nouveaux paramètres , les nombres relatifs, pour résoudre les problèmes. » L’enfant précoce complexe va dire « Quoi! on m’a menti pendant 12 ans, on m’a dit que seuls les nombres positifs existaient! ».

C’est pour cela que les écoles Montessori conviennent si bien aux enfants précoces complexes, car on leur explique le concept en premier et à eux ensuite d’inventer les problèmes qui vont avec. L’école « classique » , quant-à elle, donne des problèmes pour peu a peu ensuite expliquer (ou pas) le concept.

Pour reprendre des termes de pédagogies des gestes mentaux, l’enfant précoce complexe a beaucoup d’évocations mais pas ou peu de projets de sens. Il ne s’attache pas aux détails mais au plaisir que procure l’élaboration de concepts en dehors de toute finalité, de tout but.

Qu’est-ce que l échec scolaire ?

Nous avons vu qu’est ce que le paradoxe de l’enfant précoce. Qu’est ce qu’un enfant précoce ? Mais qu’est ce que l’échec scolaire. La définition de l’échec scolaire au sens de l’Education Nationale est l’enfant qui sort du système scolaire sans diplôme. Selon moi, l’échec scolaire ce n’est pas cela. L’échec (résultat négatif d’une tentative, d’une entreprise, manque de réussite ; défaite, insuccès, revers, définition Larrouse) c’est échouer par rapport au but qu’on s’est fixé. Les enfants précoces complexes ont souvent de belles ambitions professionnelles (astronaute, ingénieur, ministre pour changer le monde…) et on leur dit souvent petits qu’ils en ont les capacités. Cependant le système de l’Education Nationale français n’est pas fait pour ces élèves là qui se posent des questions et ont besoin de comprendre un concept pour pouvoir s intéresser aux détails, donc plus ils avancent en âge plus le système de l’EN les exclut des voies de leur rêve. In fine, très peu arrivent à louvoyer pour faire ce qu’ils rêvaient de faire. Non, ils ne sont pas sans diplôme mais ils sont loin de ce qu’ils auraient pu faire dans un système d enseignement différent, c’est donc pour moi bel et bien un échec…Je ne critique pas le système de l Education Nationale car il est fait pour enseigner au plus grand nombre, et il est normal de faire des choix politiques didactiques et pédagogiques. Cependant, entre les enfants précoces complexes qui sortent du système sans le Bac(30%) et ceux qui prennent un travail alimentaire ne correspondant pas à leur aspiration (30%), on peut vraisemblablement estimer que seuls 30 à 40% des enfants précoces complexes réussissent leur scolarité au sens où je l’entends dans ce texte.
De nombreuses informations données dans cet article sont issues de la revue La recherche mars 2019